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Arnaud, stage

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Retour d’expérience d’Arnaud, certifié des Mooc La Direction d’acteurs et L’Espace scénique à l’Académie Charles-Dullin.

Au mois de mars dernier, Arnaud a réalisé un stage d’accompagnement auprès de l’auteure et metteure en scène Françoise Dô dans le cadre de l’adaptation / re-création de sa pièce A PARTE au Théâtre Ouvert.

Arnaud – portrait

Peux-tu nous parler de ton parcours professionnel ?

J’ai suivi des études d’ingénieur urbaniste et travaille depuis 2012, à temps partiel, au ministère de l’écologie. Entre 2013 et 2016, j’ai suivi la formation en art dramatique des Cours Acquaviva à Paris.
En 2016, avec Benoît Facerias, nous avons créé la compagnie des Lendemains d’hier (ldhproduction.fr). Depuis, nous avons adapté La Nuit des Rois de Shakespeare, où je joue Malvolio, et Passage de la Comète de Vincent Farasse (Actes-Sud Papiers 2014) que j’ai mis en scène.

Comment en es-tu venu au théâtre, et plus particulièrement à la mise en scène ?

Je viens d’un milieu assez pauvre culturellement et où la possibilité d’une ambition artistique ne s’imagine pas. Ce n’est donc qu’à l’orée de mes vingt ans que je découvre le théâtre, en ville, puis dans une troupe amateur.

Très vite, je trouve là un moyen d’expression que je souhaite investir de plus en plus. Après avoir participé puis dirigé le club théâtre de mon école, je voulais mettre en œuvre un premier projet artistique, ce que j’ai fait avec 8 femmes, toujours avec notre troupe amatrice.

J’ai alors découvert une vocation, celle de lire un texte, de formuler une vision, de créer avec les autres, de médiatiser un imaginaire, de répondre aux problématiques posées par l’auteur, la scène et les acteurs,
d’être à la croisée de différents arts, de différentes idées, de différentes temporalités…
C’est aussi pourquoi j’ai remis ça dès ma sortie des cours Acquaviva, après avoir trouvé un groupe (les Lendemains d’hier) et un texte (Passage de la Comète).

Pourquoi avez-vous choisi les Mooc Direction d’Acteurs et L’Espace Scénique de l’Académie Charles-Dullin ?

Les premières sessions de cours que j’ai suivies avec l’académie Charles Dullin m’ont, entre autres, permis de cibler un grand nombre d’enjeux du travail de mise en scène et d’étoffer mes connaissances en ce qui concerne l’histoire et l’actualité de ce métier. C’est pour moi un outil formidable pour
compléter ma pratique, mes nombreuses lectures et mes échanges avec des professionnels.

Ces deux sessions étaient les premières disponibles sur la plate-forme et correspondent à des enjeux parmi les plus fondamentaux de la mise en scène. Mais dès que mon emploi du temps me le permettra, j’envisage de suivre de nouvelles sessions.

Quel projet pour l’après ?

Avec la compagnie des Lendemains d’hier nous jouerons La nuit des Rois au Théâtre de la Condition des soies à Avignon en juillet 2019.
Je travaille également sur ma prochaine mise en scène : Métropole, de Vincent Farasse, que j’espère créer lors du festival des Floréales, en septembre 2019 à Paris.

Par ailleurs, j’aimerais être engagé comme assistant à la mise en scène sur l’ensemble de la création d’un spectacle, aux côtés d’un(e) artiste qui m’inspire. C’est selon moi un passage obligé pour faire correctement ce métier, mais le poste sera difficile à trouver… J’envisage aussi de candidater au cursus mise en scène de l’INSAS à Bruxelles pour la rentrée 2020.

ton stage aux côtés de Françoise Dô

Peux tu nous parler de tes missions et tes responsabilités lors du stage

  • Tenue du planning : harmoniser, mettre à jour, informer.
  • Compilation des contacts de Françoise Dô en un fichier unique.
  • Lien entre les différents intervenants : F. Dô, les comédiens, les régisseurs, Théâtre Ouvert, etc.
  • Italiennes chaque jour avec les comédiens.
  • Accompagnement de Françoise Dô avant / après les représentations, aux ateliers et rencontres, etc.

La pièce A PARTE, quoi ? quand ? comment ?

À la suite de sa formation au Cours Florent, Françoise Dô a écrit, joué et mis en scène Aliénations, lauréat d’En avant la création un concours de jeunes artistes organisé par la Scène Nationale Tropiques Atrium (Martinique). Et elle a aussi été l’assistante des metteurs en scène Hassane Khassi Kouyaté et Stéphanie Loïk.

A Parte, lauréat du programme Écritures de la Cité internationale des Arts, s’inscrit dans son exploration d’un « théâtre littéraire », qui laisse toute la place à l’imagination du spectateur. Chez Françoise Dô écriture et mise en scène sont indissociables. Et les formes explorées différent : ses prochains projets tendent pour l’un vers le conte, pour l’autre vers le théâtre musical.

Identifiez et décrivez les choix faits par la metteuse en scène en termes d’acteurs. Vous ont-il surpris ? Que disent ces choix de la vision que se font les metteurs en scène des personnages ?

Françoise a choisi des acteurs qu’elle connaît ou avec qui elle a travaillé. Leur force, leur grâce et leur rigueur sont les premiers éléments du choix. Mais ce choix est arrivé finalement assez tard dans son travail. Si bien que c’est d’abord les personnages et ses intentions de metteuse en scène qui ont compté.
Pour le personnage de Nicole, elle voulait qu’à la crudité du texte réponde une légèreté qu’elle a trouvée chez l’interprète Astrid Bayiha. Pour le personnage de Stéphane, un premier acteur (qui a dû décliner le projet par la suite) dégageait quelque chose de violent qu’elle souhaitait adoucir.
À l’inverse, Abdon Fortuné Koumbha dégage une bonhomie qu’il s’est agi de durcir.

Ces choix ne m’ont pas particulièrement surpris, d’autant que je suis arrivé une fois le spectacle déjà monté. Ils correspondent de plus à une vision vraisemblable des personnages (genre, âge, origine, etc.)
Ces acteurs étaient donc évidents pour moi et ce fut très inspirant de travailler auprès d’eux.

Pouvez-vous décrire le travail corporel des acteurs et leur rapport à l’espace ?

Françoise Dô imagine en amont la presque totalité des gestes, regards, respirations et déplacements dans l’espace des comédiens. Leur gestuelle est très ancrée pour Abdon Fortuné Koumbha et plus aérienne chez Astrid Bayiha. Nicole pense au regard sur elle, Stéphane tourne en rond. Leurs gestes sont précis, intenses, parlant. J’y retrouve quelque chose du travail de Claude Régy (le corps et la voix étirés, le noir, le silence…) L’influence de Stéphanie Loïk (dont je ne connais pas bien le travail) a été déterminante dans cette rigueur corporelle.

Les mouvements dans l’espace sont circulaires, ils se tournent autour. Chacun est dans sa tête et ils se voient sans se voir. Les relations physiques sont tendues, sans cesse tenues comme par un élastique entre eux. La profondeur est aussi utilisée pour suggérer soit un éloignement / isolement (lointain) soit une mise à nu des plus intimes (face). Leurs costumes doivent avant tout porter leur jeu. Ils sont simples, beaux (et repassés chaque soir). Pour le personnage de Nicole, suivant qu’elle porte ou quitte ses talons, suivant qu’elle tienne ou ôte sa veste, on la verra plus ou moins à l’aise, contenue ou relâchée.

Un jeu minimaliste, où l’intériorité est rendue visible dans la chair. L’histoire n’est pas intellectualisée, elle se raconte au travers des corps.

En tant que spectateur, j’ai grâce à ce travail la sensation de dépasser l’anecdote ou le commentaire pour toucher à quelque chose de plus profond, de plus dur et plus élevé dans les relations humaines. Je reçois des choses fortes, à partir desquelles mon imaginaire peut travailler, sans être inondé.

Les comédiens prennent-ils ou non en compte la présence du public, ou jouent-ils comme s’il existait un « quatrième mur » entre la scène et la salle ? Quel effet cela produit-il sur vous en tant que spectateur ?

Une des choses les plus intéressantes que ce stage m’a évoqué c’est justement cette adresse vis-à-vis du public, ni tout à fait quatrième mur ni tout à fait adresse directe. Si les acteurs sont souvent tournés vers le public (d’autant que le texte alterne des monologues), ils doivent tout d’abord résister à leur désir naturel d’être regardé et évitent ainsi le cabotinage. C’est donc « le regard qui doit venir vers eux et non eux qui doivent aller vers le public. »

Françoise Dô a-t-elle préalablement au travail sur le plateau, consacré un temps de travail à la table avec les comédiens ?

Elle a d’abord travaillé à la table avec chacun des acteurs séparément, ce qui a permis de se libérer dans un premier temps du regard de l’autre et de définir deux univers suffisamment distincts pour les personnages. Là encore l’association écriture-mise en scène fait que ce qui pourrait s’apparenter à une analyse dramaturgique est déjà intégré. Il s’agit plutôt pour Françoise Dô de travailler avec les acteurs au background des personnages et d’expérimenter la lecture du texte.

L’espace scénique pour les répétitions était-il défini ?

Oui, après ce premier travail de lecture séparés, les acteurs ont travaillé à deux debout dans la salle et sur la base d’un dessin déjà très précis de F. Dô. La place de chacun dans l’espace, les jeux d’asymétrie, la distance, etc. sont au cœur de ce travail.

Elle a travaillé dès le début avec des costumes (même s’ils n’étaient pas définitifs). Il n’y a aucun accessoire dans le spectacle, si ce n’est une lampe qui a été mise en place lors de la création lumière. Il est à noter que le travail de répétition « au plateau », après les deux semaines de lecture, s’est effectué directement dans une salle aux dimensions appropriées.

Françoise Dô a-t-elle développé une pensée de l’espace en lien avec l’univers de la pièce et le projet de mise en scène ? La pièce ayant déjà été jouée à l’Atrium, quels ont été les enjeux de cette nouvelle adaptation ?

L’espace est tout à fait pensé en lien avec l’univers de la pièce et le projet de mise en scène. Il est délimité au sol, selon quatre rues transversales. Et les franchissements de rue, voire de l’extérieur, ont un sens. Les enjeux de l’adaptation à Théâtre Ouvert ont résidé dans la réduction de l’espace et son
confinement. L’adresse est plus intime et les jeux d’ombres plus présents.

Par quels moyens Françoise Dô a-t-elle abordé des sujets violents ou difficile sans heurter les sensibilités, comment ouvrir le dialogue et partager un discours sans choquer ?

La lumière tient une place fondamentale dans ce projet ; elle est intervenue au début du travail. Le travail du créateur lumière Cyril Mulon est remarquable de finesse et d’éclat. Françoise Dô a voulu travailler sur les silhouettes, Stéphane plutôt dans l’ombre et Nicole dans la lumière.

C’est aussi la dramaturgie temporelle qui se dessine avec ces matières lumineuses et sonores, colorées. Le son, composé exprès pour le spectacle est spatialisé et en appelle ainsi à des sensations plus délicates chez le spectateur.
Au final, cet univers esthétique sobre et puissant remplace une vision discursive qui serait trop violente.

Pour la suite

Est-ce que le fait d’avoir assisté aux répétitions d’A Parte mis en scène par Françoise Dô vous sert pour votre pratique de metteur en scène ?

Bien entendu, tant sur le projet artistique que sur les détails techniques, le travail de Françoise Dô est une source d’inspiration pour ma propre pratique.
D’abord parce qu’elle sait se positionner précisément et faire des choix clairs. Ensuite, mon point de vue s’est considérablement enrichi en ce
qui concerne notamment le rapport au public et la création lumière.

Enfin parce que ce travail m’a permis de me confronter à la rigueur du travail des différents intervenants.