fbpx

Aurélia Portrait

rechercher

X

PORTRAIT d’une jeune metteure en scène, Aurélia Bonnet

Aurélia Bonnet, certifiée des 5 Mooc de l’Académie Charles-Dullin
© Sarah Robine

Peux-tu nous parler de ton parcours professionnel et artistique et nous dire comment tu en es arrivée à la mise en scène  ?

J’ai d’abord travaillé dans le domaine de la santé et du médico-social. J’étais partie pour être directrice de maison de retraite ou chef de projets en santé publique.
Ensuite j’ai suivi un mastère spécialisé à l’ESSEC en stratégie et management des industries de santé et puis j’ai travaillé en marketing en assurance santé. À partir de là, j’ai perdu le fil. J’ai donc décidé de me
recentrer sur mes besoins et envies et j’ai entamé une reconversion professionnelle.

J’ai commencé une première année de licence de psychologie, une formation de coach pour managers et dirigeants d’entreprise ainsi qu’une formation d’acting professionnalisante.

Et vous êtes tombés à pic dans ma vie ! Je cherchais également une formation à la mise en scène et tout le monde me disait que cela n’existait pas vraiment, ou que c’était très sélectif.

Comment as-tu découvert l’Académie Charles-Dullin  ?

Ma coach d’acting, Bérengère Basti, a été formée à l’École Charles-Dullin et c’est comme cela que je vous ai découvert.
Lorsque j’étais à la recherche de cours d’acting sur Paris, j’ai regardé sur internet qui coachait Marina Foïs et Leila Bekhti que j’adore, et j’ai essayé un stage avec la coach de Leïla Bekhti, Bérengère, qui est mon enseignante aujourd’hui.
Elle donne des cours au Art’aire Studio à Montreuil, avec une méthode très personnelle et professionnelle. J’ai adoré cette formation : jeux de mise en situation, empathie du groupe, acquis technique, direction d’acteurs…

Grâce à elle, j’ai découvert le théâtre contemporain que je ne connaissais pas, puis j’ai commencé, sur ses conseils à aller beaucoup au théâtre, à la Colline notamment ; et j’ai découvert des metteurs en scène tels
que Wadji Mouawad, Thomas Ostermeier…
Je ne savais pas que toutes ces offres culturelles existaient, et là ça a été le paradis, ma vie est devenue merveilleuse.

 » La mise en scène est devenue quelque chose d’obsessionnelle pour moi

C’est notamment grâce Notre innocence de Wajdi Mouawad au Théâtre de la Colline, que j’ai littéralement «  pris un coup de poing dans le vente  ». Ce spectacle, cette mise en scène a été une véritable révélation pour moi.

À tel point que j’ai écrit une lettre à Wajdi Mouawad pour lui dire que je ne savais pas qu’il était possible de transmettre des émotions aussi forte à quelqu’un par une mise en scène. Je pensais que la mise en scène c’était raconter une histoire, je n’avais pas que cela pouvait englober une expérience sensorielle, une aventure expérimentale et transcender le public.

Depuis cette découverte, la mise en scène est devenue quelque chose d’obsessionnelle pour moi, d’ailleurs j’ai suivi tous vos Mooc.

& dans la pratique, qu’as tu appris ? comment t’es tu organisée pour suivre les Mooc et réaliser les Labs ?

Dans ma façon de suivre les Mooc, je n’étais pas du tout régulière, c’était vraiment à la carte selon mes disponibilités avec des moments plus ou moins intensifs, pendant plusieurs semaines je pouvais ne rien faire, alors que parfois j’ai suivi 3 Mooc en même temps.
Donc vraiment du sur mesure en fonction de mon emploi du temps et de mes projets en cours.

Et surtout j’ai adoré les Labs – exercices pratiques, ils permettent de sortir de la théorie et de savoir si l’on a bien compris l’enjeu du cours. Cette mise en pratique est accessible à tous.
La contrainte de trouver des comédiens pour monter des projets, et monter des projets c’est être dans le concret, créer un réseau professionnel. Aujourd’hui ce sont des comédiens avec lesquels j’ai l’habitude de travailler et je sais que je peux compter sur eux pour monter un projet ensemble.

Cette création de réseau est très importante. Nous avons également passé des moments drôles et très sympathiques au plateau dans la réalisation des Labs.

Notamment le Lab sur Le Tartuffe de Molière a été une super expérience avec les comédiens.
Les consignes du Lab : vous avez répété plusieurs fois les scènes 5 et 6 de l’Acte IV du Tartuffe. Cette fois-ci, vous allez devoir filmer cet ensemble de scènes joué par vos acteurs, dans son intégralité et en une seule fois. Bien entendu, vous pouvez prendre plusieurs prises et garder la meilleure.

À la base c’était la tuile pour moi comme pour les comédiens ; un texte classique, en vers, etc. Et finalement on s’est vraiment amusé avec ce matériau. On en parle encore en se disant « ah c’était génial ». Aujourd’hui
ce sont des personnes avec qui j’ai appris à travailler et sur qui je pourrais compter pour la création d’un spectacle.

Sans oublier l’évaluation par les pairs qui permet d’avoir les retours de spectateurs, qui sont en fait les autres apprenants de la formation. Ce fut vraiment très précieux pour moi. J’avais été extrêmement surprise par les retours et interprétations de ce que j’avais pu envisager et percevoir de mon propre travail. L’évaluation par les pairs permet de prendre conscience de la projection de chacun sur son travail.

Comédiens : Dorothée Denis et Joy Nazé

Sans oublier l’évaluation par les pairs qui permet d’avoir les retours d’autres spectateurs, qui sont en fait les autres apprenants de la formation. Ce fut vraiment très précieux pour moi.
J’avais été extrêmement surprise par les retours et autres interprétations de ce que j’avais pu envisager et percevoir de mon propre travail.

L’évaluation par les pairs permet de prendre conscience de la projection de chacun sur son propre travail.

Aujourd’hui, grâce entre autre à l’Académie Charles-Dullin, tu t’es lancée. Peux-tu décrire ta méthode de travail et te décrire en tant que metteure en scène ?

Je porte un projet de mise en scène de mon premier texte, Hêtres, au sein de la compagnie Chèvres & Feuilles. Ce spectacle est engagé aux niveaux écologique et sociétal et je crois que les prochains le seront tout autant.

J’espère être une metteure en scène avec beaucoup de fantaisie, qui traitera de sujets profonds mais de manière légère, avec de l’humour… je ne souhaite pas aller vers quelque chose de culpabilisant.

Le théâtre que j’aime est un théâtre qui permet d’infuser des sujets lourds mais en légèreté, il faut pouvoir y être réceptif après une journée de boulot. J’aime beaucoup le travail de Blanche Gardin par exemple.

Je préfère des costumes et des corps très épurés, idem pour la scénographie… je mettrais donc plus ma fantaisie dans la direction d’acteurs. Je tiens au texte, mais je pense aussi que les comédiens peuvent
prendre des libertés dans leur rapport aux mots. En revanche en terme de disposition du public, je jouerais beaucoup sur l’immersion du public et sa disposition dans l’espace. J’ai très envie d’explorer cette piste…

 » Je retiens de vos MOOC une diversité et une richesse de visions autour de la mise en scène, qui infusent lentement et dont on conserve au final uniquement celles qui accrochent le plus nos pratiques plus ou moins conscientes.

Et donc ce que l’Académie Charles-Dullin m’a permis de découvrir les extraits de spectacles et les ressources telles que les interviews de metteurs en scène m’ont donné un panel de ce qui se fait en terme de mise en scène.
Enfin, ma seconde claque théâtrale a été ensuite La nuit des rois, ou tout ce que vous voudrait de Thomas Ostermeier à la Comédie Française où j’ai cette fois-ci découvert qu’il était possible de faire jouer du Shakespeare par des comédiens en strings sur scène. Une révélation !

Que dirais-tu à de futurs apprenants qui hésiteraient à suivre notre formation ?

Je dirais qu’en temps normal il m’aurait fallu énormément de temps pour me faire une idée des compétences à acquérir, des différents métiers que la mise en scène peut englober, des techniques plurielles et des différents parcours qu’il est possible de suivre.
Votre formation est un véritable guide, une palette de références et d’outils qui servent tout au long du travail de création. C’est aussi très utile pour apprendre à décrire son travail.

Ensuite plus intimement, je dirais que certains mots de metteurs en scène m’ont particulièrement marqué et aujourd’hui me guident dans mon travail. Typiquement une phrase de Wajdi Mouawad sur le fait qu’il faut être radical en création. Cette phrase m’aide et me donne une forme de liberté. C’est un guide essentiel.

Enfin il y a des a priori sur les formations à la mise en scène : «  si vous n’avez pas été en formation académique avant 30 ans c’est foutu  », ou encore que «  la mise en scène ne s’apprend que sur le tas ou via des contacts professionnels…  ». Alors que pour moi, votre formation à été absolument essentielle ! Comme pour les jeunes dramaturges, il y a peu de possibilités et d’espaces d’apprentissage hors des sentiers battus.

L’aspect 100 % en ligne est parfois un frein pour certain, comment rassurer ces personnes qui appréhende l’apprentissage de la mise en scène sur internet ?

D’abord j’ai envie de dire que nous sommes au XXIe siècle et qu’il faut vivre avec son temps.
Ensuite, cette formation permet une grande flexibilité, et une grande accessibilité : j’ai pu développer mes projets à côté, suivre les cours en déplacement et faire plein de choses en même temps.

Quant à ceux qui affirment que la mise en scène ne s’apprend que sur le tas, je leur répondrais qu’il est toujours utile d’avoir quelques références et que cette formation en ligne donne de la matière pour appréhender le métier de metteur en scène : des bases solides, résumées, condensées et structurées… qui permettent d’aller à l’essentiel rapidement.

Pour conclure, quel est ton Mooc préféré ?

J’ai adoré Le Spectateur et la scène, c’est un pan du métier que je n’envisageais même pas.

Le fait d’aller voir des spectacles, et d’y aller avec un regard professionnel m’a vraiment aidé, le fait de me mettre en tant que metteure en scène face à mes responsabilités de prise de renseignements en amont sur les créations aussi (comprendre le contexte de création de la pièce : le texte, le lieu de la représentation…).

L’expérience d’être une spectatrice a été plus que formateur : comment peut-on recevoir ou ne pas recevoir un spectacle, le contexte dans lequel on arrive dans la salle, les aléas de la réception individuelle pour chaque spectateur (contexte personnel etc.).