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Pauline Letessier Selvon est certifiée de l’Académie Charles-Dullin. Elle a suivi le Mooc Mettre en scène est un métier. Certificat en poche, elle est allée suivre les répétitions d’Oblomov, spectacle mis en scène par le metteur en scène Robin Renucci aux Tréteaux de France à Aubervillers. Voici son retour !

Académie Charles Dullin : Qu’est-ce qui vous a motivé votre volonté de participer à ce stage d’immersion ?

Pauline Letessier Selvon : Découvrir le processus de travail de mis en scène de Robin Renucci . Mieux connaitre la structure des Tréteaux de France. Et puis mon intérêt pour la littérature russe.

A.C.D. : En quoi a consisté ce stage d’immersion ?

P.L.S. : J’ai assisté aux six derniers jours de répétition d’Oblomov, les après-midi de 13h30 à 19h. J’ai vu la pièce travaillée dans sa totalité sur cette période, les 5 actes, jusqu’à voir un » bout à bout  », le dernier jour. Pendant ce temps, j’ai été observatrice, j’ai pris des notes, posé quelques questions.

A.C.D. : Que raconte cette pièce ?

P.L.S. : La pièce raconte l ‘histoire d’un homme qui ne veut plus sortir de chez lui, de sa chambre, de son lit. Pas même l ‘amitié, ni l ‘amour ne réussiront à le sortir de cette léthargie. La pièce raconte aussi comment la Russie de la fin du XIX siècle amorce sa transformation sociale, comment la révolution industrielle change les rapports, creuse les écarts et bouleverse le rythme de la vie.
Pour la distribution : Xavier Gallais interprète Oblomov, Gérard Chabannier Interprète Zakhar (le domestique), Pauline Cheviller interprète Olga (la fiancée), Valery Forestier interprète Andrei Stolz (l’ami d’enfance), Emmanuelle Bertrand interprète la Niania (la conteuse) Agafia (l‘épouse) et accompagne le spectacle au violoncelle.

A.C.D. : Pouvez-vous décrire le travail corporel des acteurs et leur rapport à l’espace ?

P.L.S. : Xavier Gallais inscrit totalement Oblomov dans le corps. Il propose constamment des postures traduisant une sorte de fatigue ou d’hésitation perpétuelle. Tout son corps semble être attiré vers le bas : les épaules tombent, la tète est inclinée, les bras ballants, les genoux fléchis. Quand Oblomov est dans sa chambre (qui est au centre du plateau comme une boite), il montre une énergie différente : il remue, brasse de l ‘air, il tourne et se retourne sur le lit, il  »dégouline » avec souplesse dans cet espace confiné. Mais quand il apparait à l ‘extérieur de cet espace, il est comme un enfant maladroit avec des gestes parasites, une respiration différente, un stress. Ces deux espaces de jeu marquent clairement le travail corporel de l ‘acteur.

Le travail corporel des autres acteurs apparait en contraste avec le personnage d’Oblomov :

  • De l ‘agilité, de l ‘espièglerie, de la vivacité pour Olga, la fiancée qui tourne autour d’ Oblomov passionnément.
  • Une posture droite, loyale et franche, est recherchée physiquement par Valery qui joue l ‘ami d’enfance.
  • Un corps ouvert, disponible pour sortir son ami de ce marasme. Un corps sur lequel Oblomov sait qu’il peut s’appuyer.
  • Zahkar, le domestique, est un personnage proche des lazzi et de la Commedia d’ell’Arte. Avec Oblomov, il forme un duo maître-valet réjouissant. Le maître peut être cruel et injuste, et le valet dans l’incompréhension et l ‘attachement.
  • Emmanuelle Bertrand qui joue l’épouse d’Oblomov , interprète un personnage minéral (comme le défini Robin Renucci) : économie de mouvement, économie de parole. Tout est ancré dans le sol. C ‘est un personnage  »simple. »

A.C.D. : Est-ce que le fait d’avoir assisté à ces répétitions vous sert pour votre pratique de metteur.e en scène ?

P.L.S. : Dès le premier jour, j’ai ressenti la nécessité d’assister à toutes les répétitions. Il m’a semblé évident de suivre le processus de mise en place, jour après jour, pour en comprendre les étapes et les transformations qui en résultent. J’ai saisi l ‘importance de travailler toujours précisément sur le texte  : proposer un découpage, bien défini, pour identifier les intentions de jeu, les situations. Rechercher des appuis dans le texte qui font sens. Accorder du temps sur le travail des » petites scènes » pour donner de l ‘intensité. Et en même temps bien définir la trame de base et tous les éléments qui arrivent. Comme le précise Robin Renucci, ‘‘il y a un petit temps où on ne va pas voir clair ‘‘. Ce travail de précisions fixe des repères solides pour les comédiens et fait apparaître la dramaturgie.

Cette expérience m’encourage à me plonger encore davantage sur le texte et ne pas avoir peur de le considérer comme une partition musicale à travailler mesure par mesure.