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Alexis Danan est certifié de l’Académie Charles-Dullin. Certificat en poche, il a suivi un stage d’immersion et est allé suivre les répétitions de Shakespeare Resonance aux côtés de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne. Il nous raconte son expérience !

Académie Charles-Dullin : En quoi a consisté ce stage ? A quel moment des répétitions avez-vous assisté ?

Alexis Danan : J’ai assisté à ce stage en tant que comédien. Nous avons travaillé sur des répliques issues de pièces ou Sonnets de Shakespeare en Anglais et en Français, pour y voir des façons de faire résonner les mots entre eux. Puis nous avons travaillé sur une adaptation française de Le Tempête, The Tempest. Il s’agissait de la phase précédant les répétitions, que Peter Brook préfère appeler « Recherche » : le moment où les acteurs, guidés par le metteur en scène et ses assistants, apprivoisent le texte à travers l’exploration de différentes situations ou fragments de scène, en changeant de personnages et en travaillant même à contre-emploi. Nous avons fait deux restitutions devant un public, pour montrer les prémices du travail de répétition.

A.C.D. : Qu’est-ce qui vous a motivé votre volonté de participer à ce stage d’immersion ?

A.D. : Après 4 ans de formation au métier d’acteur, à Paris et à Londres, l’idée de pouvoir travailler autour de « La Tempête » en Français (ma langue natale) et en Anglais (ma langue d’adoption) avec le plus grand ambassadeur vivant de Shakespeare sur Terre était ma principale motivation. J’ai été attiré par l’idée de voir comment accéder à l’essence même du texte en le dépoussiérant de toutes les idées reçues et des fausses bonnes idées dont il a été pollué années après années.

Restitution publique de Shakespeare Resonance avec Peter Brook © Alexis Danan

A.C.D. : Que raconte cette pièce ? Avec quelle équipe est-elle jouée ?

A.D. : « La Tempête » est l’histoire d’une vengeance et d’un pardon. Un homme, Prospero, duc de Milan, cherche à se venger de son frère qui, pour prendre le pouvoir, l’a exilé sur une île avec sa fille, Miranda. Devenu magicien expérimenté, Prospero a su apprivoiser les esprits et créatures de cette île pour servir son dessein de vengeance. En déclenchant une tempête, il fait s’échouer sur l’île un navire transportant son frère, ainsi que des nobles et roturiers de Milan et de Naples. Perdus, ils seront orientés par le Maitre des lieux assisté par son Esprit (Ariel), jusqu’au moment ultime du Pardon et du mariage de Miranda avec Ferdinand, fils du Roi de Naples. La pièce sera jouée par l’équipe de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne.

A.C.D. : Quels sont les choix faits par le metteur en terme de direction d’acteurs . Vous ont-ils surpris ? Que disent ces choix de l’esthétique de ce metteur en scène ?

A.D. : L’une des caractéristiques du travail de Peter Brook est de commencer sans avoir de buts défini à l’avance. Il s’agit d’une recherche, et non pas de répétitions (il insiste sur le sens du mot « répétition » qui bien trop souvent consiste en la répétition stérile des mêmes erreurs).

Il s’agissait donc de revenir à l’essence du texte, en partant d’un « espace vide » (intérieur et extérieur), d’une page blanche, dépouillée de toutes nos idées reçues. C’était déstabilisant d’aborder le texte sans trop discuter des enjeux et thèmes de la pièce. De sauter à pieds joints, en faisant confiance au metteur en scène, et ne sachant pas du tout à quoi ressemblerait le rendu final devant un public.

Le tout sans costume, sans accessoires, mais avec nos corps et nos voix. Dépouillement total, et se dire : « on ne sait pas où on va, mais on y va ».

A.C.D. : Le metteur.e en scène a-t-il préalablement consacré un temps de travail à la table avec les comédien.ne.s avant de passer au plateau ?

A.D. : Notre travail était exploratoire. Il a été décidé de ne pas faire de travail à la table, pour ne rien intellectualiser et mettre directement le texte en mouvement.

A.C.D. : Pouvez-vous décrire le travail corporel des acteurs et leur rapport à l’espace ?

Nous étions libres d’utiliser tout l’espace du plateau, sans restriction. Peter Brook intervenait quand un mouvement n’avait « pas de sens » par rapport au texte. De même que nous explorions le texte en le lisant le plus simplement possible (sans jouer), nous limitions nos déplacements à l’essentiel.

AC.D. : Est-ce que le fait d’avoir assisté à ces répétitions vous sert pour votre pratique de metteur en scène ? Dites nous comment et pourquoi.

A.D. : En tant que metteur en scène, j’ai retenu de ces répétitions quatre choses essentielles :

1/ Dès que les acteurs entrent sur l’espace vide du plateau, il faut que quelque chose de vivant se produise. Le rôle du metteur en scène est donc d’observer cette vie ou cette non-vie pour maintenir un rythme dans ce travail de recherche

2/ Le travail à la table est un jalon essentiel mais pas obligatoire de cette recherche. J’ai réalisé que l’on peut tout-à-fait commencer l’exploration d’une pièce en se passant d’analyses trop fines et détaillées, trop verbeuses…

3/ Il est intéressant de faire ressentir chaque personnage à un acteur en inter-changeant les rôles de manière improvisée. Cette interchangeabilité des rôles au début de la recherche permet à l’acteur de s’approcher de son personnage en passant par les autres (par exemple l’actrice qui jouera Miranda pourra dans un premier temps jouer son exact opposé, Caliban, ou même son propre amoureux, Ferdinand).

4/ Enfin, nous avons pratiqué des exercices fondamentaux pour établir rapidement un lien de confiance entre les acteurs. Ces exercices, inspirés par Peter Brook (et non « de » Peter Brook, comme Peter nous l’a bien indiqué) et d’autres metteurs en scène comme Declan Donellan, nous ont permis de former très rapidement un groupe malgré les contraintes de temps (seulement 10 jours) et sanitaires du moment. L’exercice qui m’a le plus marqué est celui du « I see you feelingly » (« je te vois les yeux fermés »), où deux acteurs placés dos à dos doivent reproduire les mêmes gestes.

A.C.D. : Que retenez-vous de ce stage d’immersion ?

Ce travail de recherche avec Peter Brook m’a permis de comprendre que mettre en scène est l’art subtil de planter des graines dans chacun(e) des comédien(ne)s pour ensuite, en silence, laisser germer le personnage en lui, en elle.

Restitution publique de Shakespeare Resonance avec Peter Brook © Alexis Danan