13-11-2018

Entretien avec Claire David

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Entretien avec Claire David : les Mooc de l’Academie Charles-Dullin

 

À propos des Mooc,  proposés par l’école Charles-Dullin , publié le
Entretien avec Claire David, directrice éditoriale et artistique d’Actes Sud pour Alternatives Théâtrales, le blog.
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Claire David est à la direction des éditions Actes Sud-Papiers depuis trente ans. Elle côtoie et accompagne, en tant qu’éditrice, le théâtre d’aujourd’hui tant du point de vue des auteurs dramatiques, des metteurs en scène – en publiant leurs essais – que des artistes plus singuliers, avec des beaux livres. Le catalogue de plus de 1 000 titres témoigne d’une histoire contemporaine du théâtre. Ancienne élève de l’école Charles-Dullin, elle est en partie à l’origine de son nouveau projet et en dirige la ligne éditoriale et artistique.

Sylvie Martin-Lahmani : Ce projet est créé au sein de l’école Charles-Dullin, dans le sillon d’un homme de théâtre qui avait créé en 1921 L’Atelier comme un « laboratoire d’essais dramatiques ».

Claire David : Ce projet est effectivement né au sein de l’association Charles-Dullin, cette structure imaginée par Charles Dullin (1885-1949) pour fonder une formation d’acteurs, et qui a vécu depuis une histoire fort longue et mouvementée. Pour en savoir plus sur cette histoire, vous pouvez visionner sur notre site plusieurs enregistrements audio-visuels, portant à la fois sur la genèse de l’école et sur le projet de cet homme qui a toujours cherché un nouveau théâtre.

Ayant moi-même suivi cet enseignement il y a environ vingt-cinq ans, on m’a recontactée en 2005-2006, à un moment où l’école traversait de grosses difficultés notamment financières. Après une interruption douloureuse en 2011 (fermeture, licenciements de professeurs et vente de locaux…), on s’est retrouvés avec une association qui sera vieille d’un siècle en 2021, et l’envie de poursuivre l’aventure autrement.

A force de réunions de développement et de réflexion, avec Isabelle Censier (aujourd’hui présidente, après avoir été élève puis professeure à l’école Charles-Dullin), nous avons pu répertorier les manques en termes de formation théâtrale en France. Nous avons d’abord observé les écoles d’acteurs qui sont très nombreuses et souvent très incarnées et individualisées. C’est après deux ans de réflexion, en 2013, que nous avons eu l’idée d’une association de type privé, qui proposerait des formations à la mise en scène à tous ceux qui la pratiquent de façon intuitive, puisqu’il n’existe pas vraiment de formation à la mise en scène.
Il existe bien sûr des formations supérieures, avec un nombre limité de places pour le parcours de metteur en scène, six places au Théâtre National de Strasbourg (TNS), cinq à l’École Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT)… Il y avait encore l’Institut Nomade de la mise en scène qui était intégré au Conservatoire d’Art Dramatique, et aussi quelques masters dans des universités d’études théâtrales, mais ces formations sont finalement réservées aux circuits de l’excellence, aux élèves qui réussissent des parcours d’études, et pas à l’ensemble des praticiens.

Je pense au théâtre amateur. Quinze mille troupes ont été recensées ! Il faut bien à un moment donné qu’ils aient affaire à un metteur en scène. Je songe aux circuits de l’éducation artistique, aux professeurs qui font des spectacles dans leur classe, aux artistes étrangers… On s’est dit que toutes ces personnes n’avaient pas d’outils pour réfléchir à leur propre pratique. D’où l’idée de faire une formation sans frontières, en utilisant des moyens numériques.

D’où l’idée des Mooc, mis en œuvre en janvier 2018. Cet acronyme signifie « Massive Open Online Course » que l’on peut traduire par « cours en ligne ouvert et massif ». Il s’agit d’un format qui permet, sur inscription, d’obtenir un certain nombre de modules gratuits, puis de modules payants qui donnent accès à des laboratoires, un ensemble d’activités pédagogiques pour aller plus loin sur différents éléments de savoir abordés lors des premiers cours. Les modules gratuits correspondent plutôt à la partie théorique, et les autres à des laboratoires.

D’une durée de six semaines, chaque Mooc est suivi de deux semaines d’évaluation par les pairs. Chacun des metteurs en scène inscrits commente les trois productions de ses confrères, eux aussi des metteurs en scène apprenants, qui auront à leur tour trois retours sur leur travail. Avec cette formation, il nous importe d’offrir un cadre pour réfléchir, tout en sachant qu’il n’y a pas de vérité définitive en matière de mise en scène… Chaque semaine, les participants reçoivent un module composé de quatre épisodes de cours théoriques, complété en formule payante par une interview de metteur en scène spécifique et une activité pédagogique. La sixième semaine est consacrée à un rendu en ligne suivi de deux semaines d’évaluation entre pairs. Le Mooc est ensuite fermé et une autre cession démarre un mois et demi plus tard.

SML : D’un point de vue matériel, quels sont les besoins techniques ?
CD : Chacun a besoin d’une connexion internet, d’un ordinateur et d’un téléphone portable, pour filmer parfois des répétitions, ou lire une pièce fournie en PDF. C’est tout, il n’y a pas d’autres prérequis. À la fin du parcours, nous remettons une attestation de réussite aux participants qui ont suivi l’ensemble du Mooc. Ce qui leur permet, grâce à l’école Charles-Dullin, d’obtenir par la suite différentes propositions de stages (assistanat à la mise en scène, possibilité de faire partie d’un jury…), en fonction des partenaires en cours.
Nous proposons une véritable école du regard, et considérons que questionner sa pratique, c’est affirmer son style et ses propres choix. Six points fondamentaux sont ainsi abordés : la question de la direction d’acteurs, de l’espace, du métier de mettre en scène (finalement arrivé tardivement, à la fin du XIXe, début XXe siècle)…

SML : À ce sujet, vous abordez le métier de metteur en scène dans le domaine du théâtre de texte exclusivement ?
CD : Non, on s’intéresse globalement à toutes les créations scéniques d’aujourd’hui, mais on n’écrit pas nécessairement de Mooc propre à chaque forme. Nous évoquerons des pratiques spécifiques (la création radiophonique, le théâtre jeune public ou le théâtre de marionnettes, par exemple) sur notre site, sous forme de conférences ou de master class d’ici peu (c’est en cours de production).

SML : On s’est arrêtées au troisième point, peux-tu nous présenter les autres ?
CD : Oui, il s’agit de l’atelier du spectateur, une réflexion théorique et historique sur les publics, qui interroge la mise en scène. Leurs rôles et leurs places ont considérablement évolué au fil du temps : parfois silencieux et mobiles, parfois bavards et participatifs, inclus ou non dans des dispositifs immersifs… On s’intéresse aussi, évidemment, à la question de la lecture du théâtre, des textes dramatiques, allant jusqu’aux nouvelles dramaturgies. Et enfin, le sixième Mooc est consacré à la conception et à la direction de projets, c’est-à-dire aux aspects pratiques du métier (droits d’auteurs, statut des intermittents, création d’une association…).

En plus des Mooc, nous offrons un grand nombre de ressources à consulter en ligne (sur notre site et sur celui du Conservatoire), conférences sur les pratiques contemporaines de la mise en scène  (en collaboration avec le Conservatoire national d’art dramatique de Paris), des rencontres avec des metteurs en scène (en collaboration avec la Comédie de Saint-Étienne/à venir début 2019), des publications en lien avec les thèmes des Mooc.

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