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La pédagogie selon l’école

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Roger Planchon dit que la mise en scène surgit au moment de la création des musées. Au moment où l’on rassemble les œuvres. Peut-on dire en utilisant une métaphore que le metteur en scène serait le gardien du musée ? Celui qui sauve les œuvres de l’oubli ? C’est une piste. Pour l’école Charles-Dullin, un metteur en scène est celui qui donne une perspective à l’œuvre.

Peter Brook dit que le metteur en scène est comme le guide d’une expédition. Il aide à trouver la bonne direction, mais il peut aussi se perdre. Construire son expédition, c’est toute une affaire et nous aimerions que notre nouvelle école pose quelques repères pour que cette expédition puisse être vécue dans les meilleures conditions.

Charles Dullin a été metteur en scène, comme on le sait. À travers son enseignement, il transmettait aux acteurs ces deux valeurs qui lui étaient essentielles : dépouillement et stylisation.
En formant le Cartel des quatre au début du XXe siècle, il a choisi de s’associer à d’autres metteurs en scène qui étaient également directeurs de théâtre (Gaston Baty, Georges Pitoëff et Louis Jouvet). Leurs objectifs étaient d’échanger sur leurs pratiques, très différentes, mais aussi de fixer quelques règles au sein du théâtre (au sens large, et notamment à propos de la critique dramatique qui venait au spectacle en faisant beaucoup de bruit, arrivait en retard, etc. Le Mooc L’Atelier du spectateur revient sur cela).

C’est dans cet esprit que nous souhaitons travailler : trouver son style et échanger. Mettre en scène c’est trouver une forme. Vais-je faire dire comme cela ou comme ceci un texte, le personnage entrera-t-il par là ou restera-t-il en coulisse ? Tout est une question de choix.

Le mot « forme » contient un univers. Les « vraies » formes comme toutes les naissances nécessitent un long processus. En semant la graine, on ne sait pas la forme que la fleur ou l’arbre prendra.
À travers la nouvelle école Charles-Dullin, nous souhaitons que chaque metteur en scène en devenir puisse commencer à élaborer et à saisir sa propre identité artistique, et ainsi, l’aider à poser les jalons pour la construction de son projet.
Comme le dit Laure Adler dans son essai Tous les soirs (Actes Sud, coll. Le temps du théâtre, 2016) « Le metteur en scène n’est plus celui qui accomplit une tâche en remplissant ses divers devoirs – décor, mise en scène, direction d’acteurs, dramaturgie – mais un chercheur qui livre sa vision d’un texte de manière subjective, qui s’inspire du travail sur le plateau. »

Tout cela confirme cette vision contemporaine du metteur en scène chercheur, celui que nous vous donnerons à voir.

Comment devient-on metteur en scène ?

On devient metteur en scène par la pratique. En France on se nomme « metteur en scène » lorsque l’on construit un spectacle. C’est le « don en art » dit Roger Planchon.
Nous pensons que chacun peut approfondir ce qu’il sait (ou pense savoir peut-être intuitivement) en se frottant à des questions ou en côtoyant d’autres metteurs en scène. On se souvient des belles tentatives d’écoles autour de la mise en scène qu’ont été « l’Académie expérimentale des théâtres » fondée par Michelle Kokosowski et Georges Banu ainsi que celle de Josyane Horville avec son « institut Nomade ». Leurs présupposés de formation reposaient sur des stages auprès d’autres metteurs en scène comme on le faisait au XVe ou XVIe siècles pour la peinture. Nous pensons avec elles qu’il est important de sortir de soi.

C’est ce que l’école va proposer de façon innovante. Nous désirons être un institut de recherche autour de la mise en scène ou encore d’éducation à la mise en scène par la rencontre avec l’autre, par le regard sur d’autres pratiques.

Pour continuer avec Planchon qui a réfléchi à ces questions et que nous a livré Michel Bataillon, il y aurait quatre qualités essentielles :

  • Savoir diriger les acteurs. Il ne s’agit pas uniquement de les faire jouer, mais de savoir amener l’acteur au mieux de ce qu’il sait faire pour arriver à servir une œuvre.
  • Le don d’invention scénique : un acteur entre dans un espace… comment accomplir ce déplacement ? Le metteur en scène doit l’inventer.
  • Avoir un sens plastique affûté : le décor, les accessoires, la lumière, le son, la vidéo…
  • Et saisir le sens profond de l’histoire ou ce qu’il a envie de dire.

À partir de ces quelques principes et convictions, nous avons défini des fondamentaux ou préalables au questionnement sur la mise en scène. Ce sont nos Mooc.

Le théâtre convoque et inspire l’imagination du spectateur et requiert ainsi du metteur en scène qu’il mette en jeu son « je ».
Le dramaturge François Billetdoux dit poétiquement « notre avenir est à l’intérieur de nous et pas devant ».
Travailler avec ce double mouvement : trouver son « je » et sortir de soi… vaste programme à la base de la formation que l’école propose.

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