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Certifié du Mooc La Direction d’acteurs, Christian a assisté aux répétitions de la dernière création d’Étienne Gaudillère – Cannes 39/90.
Comédie de Saint-Etienne, février 2019

contexte

À mon sens, Cannes trente-neuf / quatre-vingt-dix n’est pas un spectacle, enfin : ne sera pas à un spectacle – le futur est de mise à l’heure où j’écris ces lignes – comme les autres.

Qu’en est-il précisément ? Étienne Gaudillère, remarqué au festival d’Avignon 2018 pour Pale Blue Dot inspiré de l’affaire WikiLeaks, en est le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre, l’auteur, le metteur en scène, un des acteurs, etc. : cette multiplicité des compétences est en soi une première particularité.
Et de quoi s’agit-il ? « Étienne Gaudillère s’est fixé un pari fou : monter toutes les facettes du festival de Cannes, l’explorer sous toutes ses coutures, politiques, économiques et religieuses. » (extrait du programme)

un processus de création globale […] la mise en scène est concomitante à la « mise en écriture ».

Ensuite, et c’est pour cette raison que précédemment j’ai préféré « élaboration » à « répétitions », ce que j’ai vu de Cannes 39/90 relève d’un processus de création globale, du texte à la scène, et vice versa. En clair, la mise en scène est concomitante à la « mise en écriture ».
C’est ce qui explique en partie le planning de création étalé sur près de douze mois.

En effet, si à l’abord de chacune des résidences, Étienne Gaudillère se présente avec le tapuscrit complet de la pièce, le texte est non seulement mis en jeu, mais aussi mis à l’épreuve de la scène.
Si besoin, et c’est en fait systématique, le texte est repris, non seulement par son auteur, mais aussi par les acteurs.
Si, par définition, ou par convention, les comédiens doivent servir le texte – c’est un peu l’éthique de la profession, enfin, je crois –, dans le cas présent, le texte est au service des acteurs.
Cette introduction me semblait indispensable pour rendre plus intelligible mes réponses aux questions, si tant est qu’elles le soient déjà un peu.

Est-ce que le fait d’avoir assisté aux répétitions vous sert pour votre pratique / votre regard de metteur en scène ? et en quoi ?

Pour en revenir à ce terme de « répétitions », s’il est celui qui convient le plus fréquemment au travail de préparation d’un spectacle à partir d’un texte « stabilisé » (les « classiques ») ou « remanié » par un auteur vivant, et présent, son usage se limite donc en général à l’acte de répéter, de faire, de défaire, de refaire.
Dans le cas du spectacle de E.Gaudillère, le mot « répétions » s’accorde bien mieux avec la définition qu’en donne le Mooc « Direction d’acteurs » :

«  Dans d’autres langues que le français, comme l’italien, l’espagnol ou l’allemand, le verbe « répéter » se dit « essayer ». Cela souligne davantage la nécessité de réévaluer constamment le travail en cours sur scène. En italien, la répétition se traduit « la prova » qui signifie « l’essai ». Quand on parle d’essais, on envisage la possibilité de se tromper. De nombreux essais peuvent donc être tentés en répétition pour « essayer » une scène, c’est-à-dire vérifier sa validité et sa crédibilité par rapport à l’ensemble du spectacle. »

Pendant le temps de ma présence, et je fais l’hypothèse qu’il en a été ainsi depuis le début du projet, et qu’il en sera ainsi jusqu’à à la première, Cannes 39/90 est un work in progress total et permanent.
Car il s’agit bien de cela avec Cannes 39/90 : essayer, essayer, et pas seulement la mise en espace/en jeu, mais aussi essayer le texte en scène (tous collaborateurs concernés et engagés : acteurs, costumes, régie lumière, régie son).

Chez Étienne Gaudillère, le travail est « collaboratif » : l’écriture entend les commentaires, voire les désirs du plateau.

D’une certaine manière, la « scène » est d’ordinaire la seule à « faire le chemin » vers le texte, qui se veut immuable, autoritaire même. Chez E.Gaudillère, le travail est « collaboratif » : l’écriture entend les commentaires, voire les désirs du plateau. Et cela prend une forme très concrète : à plusieurs reprises, j’ai observé les comédiens un ordinateur portable sur les genoux, qui pour compléter un point de documentation, qui pour proposer une coupe, une reformulation…

Vous avez suivi le Mooc Direction d’acteurs. Est-ce que le fait de voir un metteur en scène au travail vous a permis d’enrichir ce que vous avez appris dans le Mooc ?

Le cours augmenté d’interviews exclusifs et de captations en fait une référence, mais une référence qui reste académique. Si les « Lab » font la plus-value du cours dans une sorte de transposition didactique, c’est bien le « stage » d’observation qui m’a permis une vraie prise de conscience du métabolisme propre de la création dans toute sa complexité, dans le sens qu’Edgar Morin donne de la complexité où il ne s’agit pas de « trouver un principe unitaire de toute connaissance, mais d’indiquer les émergences d’une pensée complexe, qui ne se réduit ni à la science, ni à la philosophie, mais qui permet leur intercommunication en opérant des boucles dialogiques. »

de conscience du métabolisme propre de la création dans toute sa complexité

Je ne pourrais pas mettre ainsi précisément en regard les axes du cours et des éléments de mon observation – ce serait fastidieux et pas nécessairement productif –, mais ce que j’ai bien perçu et ressenti, c’est de retrouver en « situation », tout ce dont le cours est fait.

Est-ce que vous envisagez de reproduire ces expériences d’insertion dans la pratique et le réseau de la mise en scène ?

Au final, pour ce qui est de mes projets personnels, je ne pense pas avoir à me trouver dans une situation analogue. Néanmoins, ce que je retiens de ces jours d’observation, et aussi de participation puisqu’il m’est arrivé ponctuellement d’intervenir dans certains moments de réécriture, c’est l’invitation faite aux acteurs de participer à tous les aspects de la création du spectacle, je veux dire d’envisager tous les liens possibles entre texte et plateau, en les autorisant à proposer, en favorisant leur créativité, pour retenir in fine, du point de vue du metteur en scène, ce qui participe le mieux à la cohérence du projet.

C’est bien dans cette perspective d’ailleurs que je prends l’expression « direction d’acteurs » dans son acception initiale.

Comment en êtes-vous venus à la mise en scène ? et pourquoi avez-vous choisi tel ou tel Mooc de l’Académie ?

La remarque d’un de mes professeurs en licence d’études théâtrales, au siècle dernier ( !) – il y a trente ans – constitue tout de même comme un souvenir fondateur : il m’avait confié que je pourrais faire de la mise en scène car j’avais une vision globale du plateau et des enjeux d’une pièce.
Je n’avais pas, jusqu’à tout récemment, mis à profit cet encouragement. Et certainement par manque de confiance en moi.

Pour moi, mettre en scène, c’est sortir de ma zone de confort, à savoir le seul jeu de l’acteur : interpréter un personnage, c’est « facile », cela ne concerne d’une manière un peu schématique que soi.
Cela n’empêche pas d’avoir des responsabilités vis-à-vis des partenaires du plateau, mais le metteur en scène est toujours là pour « veiller au grain » : il est le garant du spectacle, le « dernier recours ».

Pour en revenir à la question de départ, je crois qu’en fait la réponse est : « C’était le moment », ce moment qui s’inscrit dans la dimension du « kaïros », le temps du moment opportun, en opposition à une explication basée sur le seul « chronos », le temps qui passe.
C’était le moment, donc. Et à ce moment-là, j’appris l’existence des Mooc de l’Académie Charles Dullin par l’intermédiaire du TNP, où je suis abonné, et au sein duquel j’ai intégré les ateliers de pratique. L’offre variée de cette école arrivait à point nommé.

Aborder la mise en scène par « La direction d’acteurs » me sembla alors, personnellement, plus judicieux. J’avais envie de m’intéresser d’abord aux acteurs, avant d’en venir à la conception globale d’un spectacle. Je projette désormais de m’inscrire pour « Lire le théâtre » et « Mettre en scène est un métier ».

Qu’avez-vous pu observer de la manière de travailler d’Étienne Gaudillère ?

J’ai envie d’évoquer tout ce qui a trait à la place « physique » du metteur en scène pendant les répétitions.
Je ne sais pas comment il pourrait possible de les diffuser mais j’ai réalisé une petite trentaine de photographies qui illustrent toutes les variantes du positionnement d’un metteur en scène : Étienne Gaudillère est partout, et synthétise à lui seul tout ce que j’ai pu apprendre dans la partie du cours intitulé « L’interruption du jeu, la monstration, l’accompagnement au plateau » et « Indiquer, suggérer, critiquer, approuver ».

Quelques mots pour finir …

Assister à ces répétitions fut un privilège. Et ce n’est pas mot en l’air. Sur un plan humain d’abord, seul stagiaire sur cette résidence, j’ai reçu un accueil rare de la part d’Étienne Gaudillère, de toute son équipe, artistique et technique, ainsi que de celle de la Comédie de Saint-Etienne.

Au niveau artistique, comme je l’ai écrit plus haut, ce stage a complété idéalement le Mooc « Direction d’acteurs ».
De plus, jusqu’à présent, je n’avais jamais participé à des répétitions « professionnelles ». C’est peut-être candide de ma part, mais je ne savais pas ce qu’était une journée de sept à huit heures de répétition en continu.

Le théâtre « amateur », que ce soit avec des adultes ou que ce soit avec des jeunes, quand bien même il soit de qualité, ne permet pas cette immersion de longue durée, condition d’une véritable entrée en « poíêsis » (acte de créer).
Merci* Vous remarquerez que je ne mets pas de point final.
Christian Pratoussy
Mars 2019